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Centenaire du génocide arménien

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Le Monde, 24 avril 2015 François Hollande : "Nous n'oublierons jamais"

La cérémonie du centenaire du génocide des Arméniens de 1915, à laquelle a participé François Hollande « au nom de la France », s’est déroulée vendredi 24 avril au matin à Erevan, mais les commémorations ont débuté dans le pays dès jeudi. Les cloches des églises ont retenti à 19 h 15 dans les rues de la capitale, à la mémoire des personnes tuées – 1,5 million – il y a un siècle. Une minute de silence a été observée par les habitants rassemblés devant les édifices religieux pour allumer un cierge et se recueillir. Partout, le myosotis, emblème violet et noir du centenaire du génocide, se distingue dans la ville : au revers des vestons, sur les vitrines des boutiques, aux façades des bâtiments officiels, à l’arrière des véhicules…

Sur les larges avenues, des jeunes, jeudi soir, passent en voiture en klaxonnant et en agitant le drapeau arménien. Durant tout l’après-midi, les chaînes de télévision arméniennes ont retransmis le même programme : la cérémonie de béatification des victimes du génocide depuis le Saint-Siège d’Etchmiadzine, à l’ouest d’Erevan. Dans la soirée, la traditionnelle marche aux flambeaux, organisée par les Jeunesses de la Fédération révolutionnaire arménienne, s’est rendue du centre de la capitale au Mémorial du Génocide, sur la colline de Tsitsernakaberd. Ce « fort des hirondelles », où se déroule la cérémonie officielle vendredi, surplombe la ville avec à l’horizon le mont Ararat.

« L’allée du deuil »

Arrivé très tôt le matin, après le conseil européen extraordinaire de Bruxelles consacré aux migrants de la Méditerranée, François Hollande a amené avec lui une délégation d’une quarantaine de personnes, très politique et culturelle. Bien sûr, l’incontournable Charles Aznavour, véritable star nationale en Arménie, est là. « J’espère que ces cérémonies du centenaire vont aider le peuple turc à se réveiller et à accepter le fait historique », a expliqué à la presse le chanteur. M. Aznavour se veut confiant : « La jeunesse turque évolue, elle n’est pas responsable de ce qu’ont pu faire leurs grands-parents », confie-t-il, avant d’ajouter que « le problème n’est pas la Turquie, mais le régime d’Ankara ».

Lire aussi « Pour les Turcs, reconnaître le génocide est une trahison »

D’autres artistes français d’origine arménienne sont du voyage : le musicien André Manoukian– qui lui aussi a « beaucoup plus foi en la jeunesse turque que dans son gouvernement » et se félicite que « la société civile a déjà énormément bougé » en Turquie –, le producteur de cinéma Alain Terzian, et l’auteur de livres pour enfants Sophie Audouin-Mamikonian. Les historiens Vincent Duclert et Annette Becker, et plusieurs représentants de la communauté arménienne française dont Mourad Papazian, le coprésident du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, sont également présents, ainsi que Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, et Jacques Fredj, le directeur du Mémorial de la Shoah à Paris, qui a signé vendredi un accord avec le Musée-Institut du génocide arménien d’Erevan.

François Hollande a été l’un des premiers chefs d’Etat à annoncer qu’il assisterait aux cérémonies du centenaire. Il l’avait promis dès mai 2014, lors de sa visite officielle en Arménie. Vendredi matin, comme chaque chef étranger de délégation, il a remonté « l’allée du deuil » avant de prendre place à la tribune du Mémorial, aux côtés du président arménien Serge Sarkissian et du président russe Vladimir Poutine.

« Partage du chagrin, partage du destin »

Au pied de la flèche en granit, haute de 44 mètres et symbole de la renaissance du peuple arménien, et de la stèle en basalte où brûle la flamme du souvenir, M. Hollande a pris la parole pour livrer un discours fort. « Je m’incline devant la mémoire des victimes et je viens dire à nos amis arméniens que nous n’oublierons jamais », a-t-il déclaré. Depuis Erevan, le chef de l’Etat français a voulu envoyer « un message de paix et de réconciliation ». S’adressant aux autorités turques, le chef de l’Etat s’est notamment réjoui que « des mots importants [aient] été prononcés en Turquie ». « Mais d’autres sont encore attendus pour que le partage du chagrin puisse être le partage du destin », a-t-il aussitôt ajouté.

M. Hollande a rappelé que, depuis la loi du 29 janvier 2001, « la France reconnaît publiquement le génocide » et « proclame une évidence » par cet acte qui était « un devoir » pour le pays. Mais « commémorer un génocide n’est pas ouvrir un procès », a-t-il expliqué : « C’est reconnaître une tragédie qui a frappé l’humanité tout entière. » M. Hollande a profité de sa présence en Arménie pour tracer un parallèle avec la situation actuelle au Moyen-Orient où l’organisation Etat islamique entreprend selon lui une « entreprise systématique d’éradication ». « C’est toute une mosaïque de religions dans cette région qui est devenue une cible », a-t-il déclaré, ajoutant que, comme en 1915, « les terroristes veulent toujours tuer le présent mais aussi ses racines ».

Poutine évite le mot « génocide »

Après François Hollande, Vladimir Poutine a prononcé à son tour un discours relativement bref dans lequel le président russe n'a jamais prononcé le mot « génocide » bien que la Russie a reconnu son existence dès 1995. A la place, M. Poutine a évoqué « les événements de 1915 » et une « tragédie meurtière » qui ont, a-t-il souligné, « choqué le monde entier ». « Rien ne peut justifier les massacres de masse », a lancé le chef du Kremlin, ajoutant aussitôt une touche d'actualité : « La communauté internationale a le devoir de prévenir ces actes. Malheureusement, dans plusieurs endroits du monde, on voit apparaître des mouvements d'antisémitisme et néo-nazis. »

Mais hormis cette référence explicite au conflit qui se déroule en Ukraine et qui, vu de Moscou, serait animé par des groupes néo-nazis, M. Poutine s'est avant tout attaché à mettre en avant les liens qui unissent l'Arménie à la Russie où réside une très importante communauté arménienne. Cette forte présence d'émigrés dans l'ancienne puissance soviétique avait nourri il y a quelques années déjà cette tirade restée célèbre dans les mémoires à Erevan, lorsque Vladimir Poutine avait lancé sous forme de boutade à son homologue arménien d'alors, Robert Kotcharian : « Ce n'est pas toi le président, c'est moi le président des Arméniens ! »

« C’est ici que nous réclamons justice »

Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire, est le seul membre du gouvernement à avoir accompagné François Hollande à Erevan. En revanche, de nombreux parlementaires se sont déplacés, comme Jean-Marc Germain, député socialiste des Hauts-de-Seine et vice-président du groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale, Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France, Bruno Le Roux, député PS de Seine-Saint-Denis, ou Luc Carvounas, sénateur socialiste du Val-de-Marne.

Patrick Devedjian, le président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, fait également partie de la délégation. « C’est important d’être ici parce que c’est là que ça s’est passé. C’est ici que nos ancêtres, nos parents, ont été exterminés et c’est ici que nous réclamons justice », a expliqué M. Devedjian.

 

 

Paris-Match : A Erevan, les amis de l'Arménie se souviennent, vendredi 24 avril 1915

La cérémonie de commémoration du centenaire du génocide arménien se déroule vendredi matin à Erevan, où des délégués du monde entier sont venus pour honorer le souvenir des victimes. Une importante délégation française, menée par le président François Hollande, est sur place.

Une imposante cérémonie a eu lieu ce vendredi matin 24 avril au site du mémorial de Tsitsernakaberd, où une flamme éternelle commémore les 1,5 million de victimes du génocide arménien de 1915. Des délégués venus du monde entier  y participent, sur ce site installé sur une des collines d'Erevan, la capitale de l'Arménie.

Avec Vladimir Poutine, François Hollande est le plus haut représentant étranger.  Les patriarches des deux églises arméniennes sont présents, ainsi que de nombreux dignitaires d'églises chrétiennes. La cérémonie a commencé vers 11 heures, heure locale (9 heures en France). Des monticules de milliers d'oeillets, de roses et de myosotis -symbole du souvenir- entouraient la flamme éternelle. Chaque délégué s'est approché à tour de rôle, une fleur dans une main, tenant un enfant arménien dans l'autre. Deux prêtres en soutane noire portaient une large image figurant les visages des victimes du génocide, entourés d'une auréole.

Jeudi soir, le pape des arméniens avait en effet procédé à la canonisation collective de toutes les victimes du génocide. C'était la première fois depuis cinq siècles que l'église arménienne procédait à une canonisation. Elle s'est déroulée devant une foule immense à Etchmiadzine, le «Vatican» des Arméniens, situé à une trentaine de kilomètres de la capitale.

La Turquie, dans une apparente manoeuvre pour détourner l'attention mondiale, a choisi ce même 24 avril pour commémorer le centenaire de la bataille des Dardanelles. Le prince Charles et son fils Harry y sont présents.

"C'EST ICI QUE NOS ANCÊTRES ONT ÉTÉ EXTERMINÉS"

Le président français est arrivé à Erevan vendredi matin, accompagné d'une importante délégation. Le chanteur Charles Aznavour, inlassable défenseur de la cause arménienne, en faisait partie. Il a souligné l'importance de la commémoration du génocide et de sa reconnaissance internationale en dépit des blocages diplomatiques d'Ankara. «Le négationnisme, ce n'est pas la Turquie, c'est Ankara. (...) J'espère que la cérémonie d'aujourd'hui va pousser un petit peu le peuple turc à se réveiller», a-t-il expliqué. 

Le musicien André Manoukian, que Paris Match avait interviewé jeudi, est également aux côtés du chef de l'Etat. Pour lui, la situation a évolué en Turquie.. «La société civile a énormément bougé. Il y a toute une jeunesse qui se mobilise. (...) J'ai beaucoup plus foi en la jeunesse que dans le gouvernement (turc)», a-t-il confié. Le député UMP Patrick Devedjian a salué la présence de François Hollande. «C'est ici que nos ancêtres, nos parents ont été exterminés et c'est ici que nous réclamons justice. (…) C'est bien que le chef d'Etat français soit là, c'est très bien. (…) La France avait notifié à la Turquie le 24 mai 1915, c'est-à-dire un mois après le début du génocide, qu'elle devrait rendre compte de ses crimes contre l'humanité. Donc la France avait pris une initiative en 1915 et elle est fidèle à ce rendez-vous», a-t-il expliqué.

Autre membre de la délégation française, très remarqué à Erevan, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Roger Cukierman. «Nous avons vécu il y a 70 ans la Shoah, nous sommes très sensibles à ce que les Arméniens ont vécu parce qu'il y a tellement de similitudes que l'on comprend l'émotion qui les étreint et le désir d'une reconnaissance historique qui est absolument indispensable pour que l'on puisse penser à l'avenir», a souligné le dirigeant du Crif.

 


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