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"Hauts-de-Seine : Convaincre les investisseurs internationaux"

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Entretien avec Patrick Devedjian, président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, Objectif Grand Paris, n°11, Septembre-Octobre-Novembre 2015

Le département des Hauts-de-Seine, traditionnellement riche, n’en doit pas moins multiplier les efforts pour attirer les investissements, notamment internationaux. Des efforts qui passent aussi par le renouveau des quartiers d’affaires, en particulier de La Défense.

Propos recueillis par Christine Murris

Les Hauts-de-Seine ont longtemps été considérés comme l’un des départements les plus riches de France. Dans un contexte général plus difficile, est-ce toujours vrai ?

Précisons d’abord le propos : il y a souvent confusion, lorsqu’on parle de richesse d’un département, entre les caisses de la collectivité et le revenu des habitants. Dans les Hauts-de-Seine, nous avons une grande diversité de situations. Prenez Gennevilliers, c’est une ville riche avec une population pauvre et, à l’inverse, Sceaux est une ville pauvre avec une population riche. Pour ce qui est du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, ses ressources sont inférieures à celles de la Seine-Saint-Denis. Il ne faut uniquement considérer les revenus fiscaux. Surtout, n’oubliez pas que dans les Hauts-de-Seine, villes et département confondus, nous versons 550 millions d’euros par an au titre de la péréquation. Notre dotation globale de fonctionnement ne cesse de se réduire tandis que celle de la Seine-Saint-Denis est plus importante. Seulement ce département est moins bien géré que le nôtre, les taux d’impôts y sont très supérieurs et les emprunts toxiques considérables.

Bien sûr, nous subissons aussi les effets de la crise. Les installations d’entreprises ont baissé, les ressources fiscales – et en particulier les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) – diminuent. Le taux de chômage a augmenté (7,6 % fin 2014) même s’il reste plus faible qu’ailleurs (9,7 % en France).

La Défense est à la recherche d’un nouveau souffle. Ce modèle de développement économique et urbain est-il dépassé ?

C’est le modèle étatique et centralisé qui est épuisé. L’Epadesa, établissement public gestionnaire administratif de La Défense, est déficitaire structurellement. Autrefois, l’Epadesa gagnait de l’argent en vendant sur un terrain vierge. Aujourd’hui, cette possibilité n’existe plus. Et puis, ici comme ailleurs, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel tout simplement… On ne peut pas appliquer indéfiniment les mêmes recettes. En tant que modèle urbain, la construction sur dalle, dont on attendait monts et merveilles, a fait la preuve des ses insuffisances : elle implique une maintenance très coûteuse. D’une manière générale, l’ « inspiration Le Corbusier » nous coûte très cher…

Les créateurs de Lingang (ville nouvelle au sud-est du district de Pudong, à deux heures de Shanghaï) m’ont un jour avoué que « ce qu’ils ont appris à La Défense, c’est tout ce qu’il ne fallait pas faire ! »

Cela dit, il faut bien admettre que nous avons été les premiers à créer un quartier d’affaires de cette ampleur : quand on est premiers, il y a une part de tâtonnements inévitable. Mais maintenant La Défense doit se renouveler.

Comment peut-elle le faire ?

Aujourd’hui l’urbanisme économique change. Les bureaux prennent place dans des tours connectées, fibrées, à énergie positive. A La Défense, il y a de vieilles tours qui ne correspondent pas à ces nouvelles exigences et dont l’obsolescence coûte cher. La solution, c’est de les détruire et de les remplacer pour proposer des produits immobiliers que l’on ne trouverait nulle part ailleurs. Les Hauts-de-Seine ont toujours été à la pointe de l’attractivité économique et nous devons rester dans cette dynamique. D’ailleurs, il y a maintenant de très belles tours à La Défense : la Tour Majunga, la Tour Axa, la Tour D2 …

Au-delà donc de La Défense, quels sont les nouveaux pôles de croissance du département ?

Ils ne manquent pas ! La Défense, ce n’est pas seulement ce qu’on appelle « la poire ». Il y a toute une périphérie qui s’étend et qui est très dynamique. Par exemple, Bois-Colombes accueille désormais beaucoup d’entreprises et Gennevilliers, autour de son port, bénéficie d’un grand potentiel. A Issy-les-Moulineaux, à Boulogne et également à Meudon, l’attractivité économique est grande.

Dans les Hauts-de-Seine, la culture fait également partie des atouts du territoire. Elle ne « produit » pas des résultats directs, comme un bureau ou une usine, mais elle rend le territoire plus attractif et améliore la qualité de la vie, ce qui compte beaucoup pour les entreprises et leurs cadres.

L’Arena 92, un stade couvert qui va sortir de terre en 2017, offrira 40 000 places pour des événements sportifs et culturels. La Cité musicale départementale promet d’être un puissant facteur d’attractivité. D’ores et déjà, nous avons le Théâtre des Amandiers – 55 théâtres d’ailleurs dans le département ! – des parcs et des espaces verts très rares en région parisienne (630 hectares d’espaces verts départementaux). Le département des Hauts-de-Seine a beaucoup d’atouts.

Pourtant, l’Essonne a Paris-Saclay, la Seine-Saint-Denis Condorcet, deux projets majeurs du Grand Paris en matière d’enseignement supérieur et de recherche. N’êtes-vous pas un peu oubliés dans ce domaine ?

Saclay est limitrophe et ce qui compte, c’est surtout d’être parfaitement reliés à ces équipements. Encore une fois, notre fiscalité raisonnable peut faire la différence pour les entreprises, sachant qu’elles sont à un quart d’heure de Saclay. Par ailleurs, nous avons l’université Paris-Ouest Nanterre La Défense ainsi que de grandes écoles d’ingénieurs et de commerce. Le département soutient d’ailleurs différents projets de cette université et notamment ceux tournés vers le numérique. C’est le cas de l’Argonaute, nouvelle bibliothèque numérique inaugurée en novembre 2014. Nous accueillons aussi de nombreux centres de recherche à La Défense, liés aux sièges des très grandes entreprises qui y sont installées.

Etes-vous satisfait des nouveaux transports qui doivent relier le département aux aéroports et du calendrier de réalisation retenu ?

Les délais sont longs. Mais on ne peut guère le reprocher. Cela tient à la complexité technique des dossiers et aux limites budgétaires qui sont les nôtres. Sur la ligne qui relie La Défense à Roissy, je regrette la rupture de charge à Pleyel. C’est un mauvais choix. Je crains que ce soit très dommageable pour La Défense et les territoires adjacents. Quant à la liaison qui nous rapproche d’Orly, le projet est bon. Enfin nous avons un réseau de tramway bien ramifié, encore en cours d’extension, qui joue aussi un rôle en faveur de l’attractivité du territoire (T1, T2, T6 et bientôt le T10).

Le lien avec les aéroports internationaux doit faciliter l’accueil des investisseurs étrangers. Comment les convaincre de choisir les Hauts-de-Seine ?

Nous y travaillons. J’ai créé dans cette perspective l’Association internationale des quartiers d’affaire. Pour les Hauts-de-Seine, je souhaite tout particulièrement l’arrivée d’investisseurs chinois. Nous avons déjà Huawei et ZTE, de très grandes entreprises chinoises des technologies de l’information et de communication, présentes dans les Hauts-de-Seine. Mais là aussi, pour être convaincants, nous devons avoir une politique d’infrastructure spécifique. Il nous faut par exemple penser à créer une offre sérieuse en matière d’enseignement pour les enfants des cadres chinois, si l’on veut qu’il y ait des implantations significatives. Par ailleurs, c’est aussi pour convaincre ces investisseurs que nous avons une politique d’animation culturelle et d’embellissement à La Défense. Les enquêtes de satisfaction montrent que les gens qui travaillent sur place apprécient !

La Métropole sera, demain, un nouvel outil de valorisation du territoire au plan international. Dans ce contexte, quel devra être le rôle du département ?

Le département est et doit rester le bouclier des communes. C’est là que se trouve la véritable intercommunalité. Dans les Hauts-de-Seine, nous réunissons 36 communes. L’intrication entre ces villes est forte et cela nous permet d’avoir des relations très étroites, quelle que soit d’ailleurs la couleur politique des maires. Presque toutes ces communes ont à leur tête un conseiller départemental. De ce fait, l’aménagement de compétences est optimum.

Avec la Métropole, on entre dans l’inconnu. Cette nouvelle intercommunalité va mettre 40 ans à trouver son équilibre. Nous en savons quelque chose : chaque fois que l’on crée une intercommunalité, c’est très long, et plus l’intercommunalité est grande, plus la qualité du service rendu s’affaiblit. Le problème lorsque l’on veut administrer « d’en-haut » et que l’on prive les collectivités de proximité (la commune et le département) d’une part de leurs ressources, c’est qu’on se met à la merci de mouvements sociaux et d’un développement des extrémismes de gauche comme de droite !


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